César Franck – Mélodies

Nocturne
Louis de Fourcaud (1851-1914)  

Ô fraîche nuit, nuit transparente,
Mystère sans obscurité.
La vie est noire et dévorante.
Ô fraîche nuit, nuit transparente,
Donne-moi ta placidité.  

Ô belle nuit, nuit étoilée,
Vers moi tes regards sont baissés.
Éclaire mon âme troublée.
Ô belle nuit, nuit étoilée,
Mets ton sourire en mes pensées.  

Ô sainte nuit, nuit taciturne,
Pleine de paix et de douceur,
Mon cœur bouillonne comme une urne.
Ô sainte nuit, nuit taciturne,
Fais le silence dans mon cœur.  

Ô grande nuit, nuit solennelle,
En qui tout est délicieux,
Prends mon être entier sous ton aile.
Ô grande nuit, nuit solennelle,
Verse le sommeil en mes yeux.
Nocturne
Louis de Fourcaud   (1851-1914)

O cool night, transparent night,
Mystery without darkness,
Life is black and all-consuming.
O cool night, transparent night,
Give me your serenity.  

O beautiful night, starry night,
You gaze down upon me.
Illuminate my troubled soul,
O beautiful night, starry night,
Put your smile in my thoughts.  

O holy night, silent night,
Full of peace and gentleness,
My heart seethes like a cauldron.
O holy night, silent night,
Grant silence to my heart.  

O grand night, solemn night,
In which all is delight,
Take my whole being under your wing.
O grand night, solemn night,
Pour sleep into my eyes.  
Souvenance
[Souvenir du pays de France] François-René de Chateaubriand (1768-1848)  

Combien j’ai douce souvenance
Du joli lieu de notre enfance !

Ma sœur, qu’ils étaient beaux ces jours
De France !
Ô mon pays, sois mes amours
Toujours !
Te souvient-il que notre mère,
Au foyer de notre chaumière,
Nous pressait sur son cœur joyeux,
Ma chère ?  

Et nous baisions ses blancs cheveux
Tous deux.  

Ma sœur, te souvient-il encore
Du château que baignait la Dore ;
Et cette tant vieille tour
Du Maure,
Où l’airain sonnait le retour
Du jour ?
Te souvient-il du lac tranquille
Qu’effleurait l’hirondelle agile,
Du vent qui courbait le roseau
Mobile,  

Et du soleil couchant sur l’eau,
Si beau ?  

Oh ! qui me rendra mon Hélène,
Et ma montagne, et le grand chêne ?
Leur souvenir fait tous les jours
Ma peine :
Mon pays sera mes amours
Toujours.  
Recollection
[Memory of the land of France]
François-René de Chateaubriand  

How sweet is my recollection
Of the lovely place of our childhood!

My sister, how beautiful were the days
Of France!
O my country, be my love
For ever!
Do you remember how our mother,
By the hearth of our cottage,
Pressed us to her joyful heart,
My dear?  

And we kissed her white hair,
Both of us together.  

My sister, do you still remember
The castle where the Dore river flowed;
And that ancient Tower
Of the Moor,
Where bronze bells sounded the return
Of day?
Do you remember the quiet lake
Skimmed by the agile swallow,
The wind that bent the fragile
Reed,  

And the sunset on the water,
So beautiful?  

Oh! Who will give me back my Hélène,
And my mountain, and the great oak?
The memory of them pains me
Every day:
My country will be my love
For ever.  
Robin Gray
Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)
(d’après Auld Robin Gray d’Anne Lindsay, 1750-1825)  

Quand les moutons sont dans la bergerie,
Quand le sommeil aux humains est si doux,
Je pleure, hélas ! les chagrins de ma vie,
Et près de moi dort mon bon vieux époux.
James m’aimait ; pour prix de sa constance,
Il eut mon cœur : mais James n’avait rien ;
Il s’embarqua, dans la seule espérance
À tant d’amour de joindre un peu de bien.  

Après un an notre vache est volée ;
Le bras cassé, mon père rentre un jour ;
Ma mère était malade et désolée,
Et Robin Gray vint me faire la cour.  

Le pain manquait dans ma pauvre retraite ;
Robin nourrit mes parents malheureux :
La larme à l’œil, il me disait : Jeannette,
Épouse-moi, du moins pour l’amour d’eux.  

Je disais : Non, pour James je respire.
Mais son vaisseau sur mer vint à périr.
Et j’ai vécu ! Je vis encore pour dire :
Malheur à moi de n’avoir pu mourir.  

Mon père alors parla de mariage ;
Sans en parler, ma mère l’ordonna.
Mon pauvre cœur était mort du naufrage ;
Ma main restait, mon père la donna.  

Un mois après, devant ma porte assise
Je revois James es et je crois m’abuser.
C’est moi, dit-il, pourquoi tant de surprise ?
Mon cher amour, je reviens t’épouser.  

Ah ! que de pleurs ensemble nous versâmes !
Un seul baiser, suivi d’un long soupir,
Fut notre adieu. Tous deux nous répétâmes :
Malheur à moi de n’avoir pu mourir.  

Je ne vis plus, j’écarte de mon âme
Le souvenir d’un amant si chéri.
Je veux tâcher d’être une bonne femme ;
Le vieux Robin est un si bon mari !
Robin Gray
Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)
(after Auld Robin Gray by Anne Lindsay, 1750-1825)  

When the sheep are in the fold,
When sleep to mortals is so sweet,
I weep, alas, for the sorrows of my life,
And by my side sleeps my good old husband.
Jamie loved me; as the reward for his constancy,
He had my heart: but Jamie possessed nothing;
He went to sea, hoping only
To add a little property to so much love.  

After a year our cow was stolen;
My father came home one day, his arm broken;
My mother was sick and desolate,
And Robin Gray came to court me.  

Bread was lacking in my poor house;
Robin gave my wretched parents food:
With tears in his eyes he said to me, ‘Jennie,
Marry me, at least for their sakes.’  

I said, ‘No, for Jamie’s sake alone I breathe.’
But then his ship was lost.
And I lived! I lived to say:
‘Woe is me that I did not die.’  

Then my father spoke of marriage;
Without speaking of it, my mother decreed it.
My poor heart had died in the shipwreck;
My hand remained, and my father gave it.  

A month later, sitting at my door
I saw Jamie again, and thought I saw his ghost.
‘It is I,’ said he, ‘why so surprised?
My dear love, I am come back to marry you.’  

Ah, how many tears we shed together!
A single kiss, followed by a long sigh,
Was our farewell. Both of us repeated:
‘Woe is me that I did not die.’  

I live no more; I dismiss from my heart
The memory of so dear a lover.
I will try to be a good wife;
Old Robin is such a good husband!  
Aimer
Joseph Méry  

J’entendais sa voix si touchante,
Lorsque l’étoile au ciel montait,
À l’heure où la campagne chante,
À l’heure où la ville se tait.  

Elle disait : aimons au bel âge où l’on aime,
Regrettons les moments perdus pour les amours ;
Les tendresses du cœur ont un charme suprême,
Rayon du ciel sur l’ombre de nos jours.  

J’entendais sa voix si touchante, etc.  

Elle disait : aimons, l’amour est une fête
Où le cœur enivré chante un hymne sans fin ;
De sombres vérités si notre vie est faite,
Endormons-nous dans ce rêve divin.  

J’entendais sa voix si touchante, etc.  

Tout est faux dans les biens que cette terre envie,
L’amour nous est venu du ciel pour nous charmer.
Être seul, c’est la mort, être deux, c’est la vie,
Aimons pour vivre et vivons pour aimer.
Loving
Joseph Méry  

I heard her touching voice
When the stars arose in the sky,
At the hour when the countryside sings,
At the hour when the city falls silent.  

She said: Let us love at the beautiful age when one loves,
Let us regret the moments wasted without love;
The tenderness of the heart possesses a supreme spell,
A ray from heaven on the shadow of our days.  

I heard her touching voice, etc.  

She said: Let us love! Love is a feast
At which the inebriated heart sings an endless hymn;
If our life is made of dark truths,
Let us fall asleep in this divine dream.  

I heard her touching voice, etc.  

All is false in the possessions that this earth desires;
Love came from heaven to enchant us.
To be alone is death, to be two is life;
Let us love to live and live to love.  
Lied
Lucien Paté (1845-1939)  

Pour moi sa main cueillait des roses
À ce buisson.
Comme elle encore à peine écloses
Chère moisson.  

La gerbe, hélas ! en est fanée
Comme elle aussi ;
La moissonneuse moissonnée
Repose ici.  

Mais sur la tombe qui vous couvre,
Ô mes amours
Une églantine, qui s’entr’ouvre,
Sourit toujours.  

Et sous le buisson qui surplombe,
Quand je reviens,
Une voix me dit sous la tombe :
Je me souviens.  
Lied
Lucien Paté  

For me her hand plucked roses
From this bush.
Like her, still barely in bloom,
A precious harvest.  

The spray, alas, is withered,
Like her also;
The harvest maid, herself harvested,
Reposes here.  

But upon the grave that covers you,
O my love,
A blossoming rosehip
Still smiles.  

And under the overhanging bush,
When I return,
A voice says to me from beneath the tombstone:
‘I remember.’ 
Passez ! passez toujours !
Victor Hugo  

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine,
Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli,
Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli,  

Je puis maintenant dire aux rapides années :
Passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !
Allez vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !
Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m’abreuve et que j’ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre !
Mon cœur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !  
Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire
Les mots où se répand le cœur mystérieux ;
Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;  

Je puis maintenant etc.  

Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j’ai vu tomber dans l’onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;  

Je puis maintenant etc.    
Pass on! Pass ever on!
Victor Hugo  

Since I have pressed my lips to your still brimming cup;
Since I have placed my pallid brow in your hands;
Since I have sometimes breathed the sweet fragrance
Of your soul, its scent buried in shade;  

I can now say to the swiftly flying years:
‘Pass on! Pass ever on! I need grow no older!
Begone with your faded flowers;
I have in my soul a flower that none can pluck!
‘Your wing, in brushing it, will spill nothing
From the vessel wherein I drink and which I have well filled.
My soul has more fire than you have ashes!
My heart has more love than you have oblivion!’  

Since it has been granted me to hear you speak
The words in which the heart pours forth its mysteries;
Since I have seen weeping, since I have seen smiling,
Your mouth upon my mouth and your eyes upon my eyes,  

I can now say etc.  

Since I have seen shining on my enraptured head
A ray from your star, alas still veiled;
Since I have seen falling into the stream of my existence
A roseleaf snatched from your life,  

I can now say etc.  
La Procession
Auguste Brizeux (1803-1858)  

Dieu s’avance à travers les champs !
Par les landes, les prés, les verts taillis de hêtres,
Il vient, suivi du peuple et porté par les prêtres :
Aux cantiques de l’homme, oiseaux, mêlez vos chants !
On s’arrête. La foule, autour d’un chêne antique
S’incline en adorant, sous l’ostensoir mystique :
Soleil ! darde sur lui tes longs rayons couchants !
Vous, fleurs, avec l’encens exhalez votre arôme !
Ô fête ! Tout reluit, tout prie et tout embaume !
Dieu s’avance à travers les champs.  
The Procession
Auguste Brizeux  

God advances through the fields!
Across the moors, the meadows, the green beech copses,
He comes, followed by the people and borne by the priests:
Mingle your songs, O birds, with the hymns of humanity!
We halt. The crowd, around an ancient oak,
Bows down in adoration beneath the mystic monstrance:
O sun, cast upon it your long sunset rays!
O flowers, exhale your scents along with the incense!
O feast! All is radiance, all is prayer, all is fragrance!
God advances through the fields.  
Le Sylphe
Alexandre Dumas (1802-1870)  

Je suis un sylphe, une ombre, un rien, un rêve,
Hôte de l’air, esprit mystérieux,
Léger parfum que le zéphyr enlève,
Anneau vivant qui joint l’homme et les dieux.  

De mon corps pur les rayons diaphanes
Flottent mêlés à la vapeur du soir :
Mais je me cache aux regards des profanes,
Et l’âme seule, en songe, peut me voir.  

Rasant du lac la nappe étincelante,
D’un vol léger j’effleure les roseaux,
Et, balancé sur mon aile brillante,
J’aime à me voir dans le cristal des eaux.  

Dans vos jardins quelquefois je voltige,
Et, m’enivrant de suaves odeurs,
Sans que mon pied fasse incliner leur tige,
Je me suspends au calice des fleurs.  

Dans vos foyers j’entre avec confiance,
Et, récréant son œil clos à demi,
J’aime à verser des songes d’espérance
Sur le front pur d’un enfant endormi.  

Lorsque, la nuit, sur vous jette son voile,
Je glisse au ciel comme un long filet d’or,
Et les mortels disent : C’est une étoile
Qui d’un ami nous présage la mort.  
The Sylph
Alexandre Dumas  

I am a sylph, a shadow, a nothing, a dream,
An inhabitant of air, a mysterious spirit,
A subtle fragrance that the zephyr wafts away;
The living bond that links humans with the gods.  

Diaphanous rays from my pure body
Float mingled with the evening mists;
But I hide from the eyes of the uninitiated,
And only the dreaming soul can see me.  

Skimming the glittering surface of the lake,
In nimble flight I brush the reeds;
And, perched on my shining wings,
I like to see my reflection in the crystalline waters.  
Sometimes I flit through your gardens,
And, intoxicated by the sweet perfumes,
Without even bending their stalks with my foot,
I hang from the calyx of flowers.  

I enter your homes with assurance,
And, soothing his half-closed eyes,
I like to pour innocent dreams
Upon a sleeping child’s pure brow.  

When night casts her veil over you
I glide through the heavens like a long golden thread,
And mortals say: ‘It is a star,
Presaging the death of a friend.’  
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